Mirages, un livre multiple et fascinant

Mirages, un livre multiple et fascinant

Les dix nouvelles du recueil d’Elena Basile s’inscrivent dans une grande et vive tradition italienne. Ces récits, courts, qui, selon la formule de Pierre Mertens, entendent « faire bref et en dire long », transportent le lecteur dans dix univers différents : du Portugal au Canada en passant par la Suède ou la Hongrie, sans oublier l’Italie du Sud. Tous ces lieux, évoqués au fil de voyages ou de séjours liés au travail de la narratrice, tantôt journaliste, tantôt fonctionnaire, permettent l’ancrage de fictions qui déploient subtilement la complexité de la vie d’une femme d’aujourd’hui, que ce soit dans sa douleur, sa recherche du rachat et ce désir inaltérable d’être heureuse. C’est un bel exemple d’écriture qui épouse les méandres du dire et du mi-dire. Elle privilégie l’ellipse et la phrase brève. Elle s’aventure à dévoiler « une parcelle de réalité encore inconnue », c’est « un levain d’émancipation et de progrès », pour reprendre les termes de Nathalie Sarraute.

Si chaque nouvelle aborde, de façon originale, un aspect particulier de l’écriture au féminin, ne pourrait-on s’interroger sur l’incidence du titre ? Ces « mirages » ne seraient-ils – comme c’est le cas dans Tu te rappelles encore, ou dans Ce n’est qu’un mensonge – qu’une « légère illusion d’optique au service d’une apparence séduisante et trompeuse » ? Ce serait sans tenir compte de la complexité de l’univers d’Elena Basile ! Elle aime, en effet investiguer dans des zones d’ombre n’invitant pas impunément au voyage. L’exemple d’Un étrange rêve magyar est révélateur. Lors de son séjour à Budapest, la grande question qui travaille la protagoniste, isolée dans cette ville, c’est « l’inévitabilité du mal », « l’impossibilité du rachat ». Une mise en perspective de ces dilemmes va s’opérer grâce à une rencontre amoureuse vécue à l’intérieur du Musée de L’Holocauste. Cet étrange cheminement va l’amener à une constatation sans appel : « La victoire du bien qui finalement nous berce. C’est le mirage. » Une prise de conscience bien douloureuse qui n’arrête toutefois pas le mouvement de la vie. Mais lui donne, qui sait, une autre résonance ? Autant de légères amorces de méditation…

Mirages est un livre multiple et fascinant où peut pleinement résonner la citation de La Tempête de Shakespeare qu’Elena Basile a mise en exergue : « Nous sommes de l’étoffe dont sont faits les rêves, et notre petite vie est entourée de sommeil. »

Marie-France Renard

« Mirages » de Elena BASILE est disponible en librairie et sur notre e-shop :